Extimité [in extenso]

UYUNI, DE BLAISE HOFMANN

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UYUNI, DE BLAISE HOFMANN
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- LITTERATURE -

 

Blaise HoffmannUn poème "in extenso" et épuisé en libraire. Extimité vous propose de lire Blaise Hofmann, prix Nicolas Bouvier 2008, et de voyager en Bolivie. L'écrivain, journaliste et bourlingueur vaudois nous offre un texte qu'il aime, une évasion qui vaut toutes les grandes vacances dans "une langue qui converge les verbes que rien ne conjugue"...

 

 

Trois questions à Blaise Hofmann:

 

- Pourquoi ce texte?

B.H. : - Il s'agit du premier texte montré à des proches...

 

- Comment est-il né?

B.H. : - Durant une marche solitaire de cinq jours dans le désert de sel d'Uyuni.

 

- Pourquoi n'a-t-il pas été publié?

B.H. : - Il avait été publié à compte d'auteur en 2004 ; les 200 exemplaires sont épuisés... 

 

Alors le voici: 

 

 

Uyuni

 

je foule la rétine du monde

foyer sans vie duquel tout émerge féconde

je peux enfin dormir

tout est froid mort plat

je flâne sur les gestes lents du vieillard

sur son regard tremblotant

décalant chaque chose d'un mot

de sorte que l'espace le temps

meurent ou gagnent

l'infini

 

le monde devient femme

ou le contraire

 

je crois en son discours

je ne ris qu'à son humour

j'apprends à le connaître

je félicite ses dessous ingrats

 

il faut l'aimer le détester

quand bien même ON le traverse

sans reconnaissance d'un pas vain

 

je couvre du voile de la foi

les pavés de raison

les tables bavardes

la nuit des hommes

 

Le monde devient femme

il est vrai le seul amour possible

 

au jour indécis

l'ombre s'amarre à l'horizon

le soleil tombe le vent se lève

dès lors tous attendent cet instant

le relais du ciel l'émoi du quotidien

l'oubli des peines suspendues

le volume se congestionne

les cimes nébuleusent

la nuit cristallise

du sang au tissu d'Orient

voile hissée au triangle d'Orion

c'est maintenant le jour et la nuit

toute la magie méprisée des villes

 

pur aride pénible salé tourmenté